On vit une époque étrange.

Aujourd'hui, une intelligence artificielle peut écrire un texte en quelques secondes. Un post, un mail, parfois même une histoire entière.

Un texte écrit à l'IA, c'est souvent propre, lisible, efficace… et suffisamment convaincant pour qu'on se demande, honnêtement, pourquoi on continuerait à se donner du mal à écrire soi-même. Non ?

Et pourtant, plus ces outils progressent, plus je ressens l'envie inverse.

Non pas d'écrire plus, ou de publier davantage, mais de revenir à une écriture plus lente, plus tâtonnante, parfois maladroite, mais profondément vivante.

Aller à la rencontre de mon style pour mieux me redécouvrir, et changer mon rapport au monde.


L'écriture personnelle à l'ère de ChatGPT : une question de sens, pas de productivité

Peut-être que tu aimes écrire pour toi ? Peut-être que tu as déjà écrit des nouvelles, un livre d'expert, un roman ? Ou que c'est dans un coin de toi-même depuis longtemps. Et avec les ChatGPT, Gemini, Mistral et compagnie, tu te demandes parfois si ça vaut vraiment le coup.

Écrire soi-même, en 2026, ce n'est plus une question de productivité.

Pour moi, c'est devenu une manière de rester clair dans sa tête, de ne pas laisser ses idées se dissoudre dans le bruit ambiant, et de garder un lien direct avec ce qu'on pense vraiment, au-delà des formules qui circulent partout.

Ce qui se passe quand on écrit soi-même

Quand j'écris, il ne se passe à première vue rien d'extraordinaire.

Je mets un peu d'ordre dans mes pensées, je prends le temps de regarder une idée sous plusieurs angles, je transforme quelque chose de flou en quelque chose de plus stable.

Et parfois, sans l'avoir prévu, une phrase tombe juste. Son équilibre, sa profondeur, son rythme, et le sens qu'elle parvient à faire surgir. Ça suffit à me donner envie de continuer.

Ça me permet aussi de basculer plus souvent dans mon état de flow, ce moment de limpidité intérieure, où les idées, la sensibilité, et la beauté coulent dans la même direction.

C'est doux, agréable et enivrant. Mais plus encore :

Je suis convaincu que la pratique régulière de l'écriture change notre rapport au monde, déploie notre sensibilité et devient un incroyable bain de jouvence pour nos cerveaux souvent fatigués.

Ce que l'intelligence artificielle ne peut pas faire à ta place

Déléguer entièrement l'écriture, c'est pratique, bien sûr.

Mais c'est aussi déléguer une partie de son imaginaire, de sa sensibilité, de sa manière très personnelle de relier les choses entre elles.

L'IA peut proposer. Elle peut accélérer et approfondir rapidement des idées. Elle peut suggérer des formes.

Mais elle ne doute pas à ta place, elle ne cherche pas avec toi, elle ne se surprend pas en écrivant une phrase qu'elle n'avait pas prévue. Et contrairement à toi, elle ne peut y prendre aucun plaisir.

L'écriture comme territoire de la pensée

Écrire, même quelques lignes, même sans projet précis, même sans intention de montrer quoi que ce soit, permet de reprendre ce territoire-là.

Celui où la pensée se fabrique.

Celui où l'on sent quand une idée sonne creux ou, au contraire, commence à tenir debout.

Cet endroit où ton intuition est en contact quasi permanent avec ton territoire sensible, intellectuel et symbolique.


Si tu écris parfois, sur un carnet, dans un document perdu, sur une note que tu ne reliras peut-être jamais, continue. Même un peu. Même mal.

C'est déjà une manière de rester vivant dans tout ce bruit.